Monographie de Marie Béquet de Vienne

Où et quand se situe l’histoire ?

A Paris, fin du XIXe siècle – début du XXe, après la chute de l’Empire, la guerre de 1870 contre les Prussiens et les massacres de la Commune : à la naissance de la IIIe République.

Pourquoi Marie Béquet de Vienne ?

Marie Béquet de Vienne est moins connue que Maria Deraismes ou Georges Martin, les deux Figures représentatives du Droit Humain. Cette philanthrope issue de la grande bourgeoisie bourguignonne, épouse d’un Conseiller d’Etat, fut initiée en avril 1893, devenant l’un des onze membres fondateurs de la première loge à l’origine du premier Ordre maçonnique mixte et international.

Dans cet ouvrage, nous découvrons ses nobles valeurs morales, sa ténacité et l’ampleur de l’œuvre sociale qu’elle a accomplie durant près de quarante années de travail acharné.

Elle faisait partie de ces grands humanistes du XIXe siècle, qui se souciaient d’accorder leurs paroles et leurs actes.

Qui étaient ces humanistes ?

Des hommes et des femmes, républicains laïques et philanthropes, conscients de la nécessité d’engager de profondes réformes de société.

Féministes convaincus et pacifistes courageux, ils n’ont pas hésité à perdre quelquefois leur fortune, leur santé, à négliger leur vie de famille ou s’exposer à la haine populaire. A l’image de Marie Béquet de Vienne, ils étaient dotés d’une forte personnalité, d’un caractère « entier ».

Pourquoi cette collection sur les Grandes Figures du Droit Humain ?

A part Marie Bonnevial ou Clémence Royer, la plupart des fondateurs rassemblés autour de Maria Deraismes et Georges Martin en cette fin de XIXe siècle demeurent méconnus.

Le noyau initial se compose en gros d’une quinzaine d’hommes et de femmes mais il est intéressant d’élargir l’étude à une vue d’ensemble. Parmi leurs amis ou leurs fréquentations, beaucoup poursuivaient le même but : Léon Richer, Louise Michel, Hubertine Auclert, Madeleine Pelletier, Louise Koppe, Isabelle Bogelot, Paule Mink, Victor Schoelcher, Madeleine Brès, Nelly Roussel, Mme Avril de Ste Croix…
Tous participaient aux mêmes congrès nationaux ou internationaux, aux mêmes réunions et manifestations publiques, défendaient leurs idées avec conviction, même s’ils ne partageaient pas la même vision, les mêmes méthodes.

Le but de cette collection est de mettre en lumière le plus fidèlement possible – et dans leur contexte – la personnalité, les engagements humanistes et sociaux, la vie quotidienne de chacun de ces hommes ou chacune de ces femmes de la première heure, lors de cette période fascinante où les luttes pour conquérir la liberté se menaient sur tous les fronts.

Dresser une cartographie précise et détaillée de leurs nombreux liens et interactions sur les deux plans, initiatique et social, nécessiterait certainement plusieurs années mais, dès aujourd’hui, se détache un schéma général qui montre la répartition équilibrée de leurs tâches, leurs efforts conjugués pour défendre les valeurs démocratiques et poser les spécificités du Droit Humain : égalité des droits pour hommes et femmes, justice sociale qui forme la base de la démocratie, laïcité et paix universelle. Sans oublier la pratique enrichissante de la mixité.

Que nous apporte une meilleure connaissance de la vie et de l’œuvre des fondateurs du Droit Humain ?

Nous devons beaucoup à Maria, Georges, Anna, Eliska, Marie-Georges, Louisa, Clémence, Julie, Florestine et les autres.
Ils n’avaient peur de rien. Le bon sens les guidait. Pas de langue de bois, pas de jusqu’auboutisme têtu. Leur langage était vif et cru, leurs manières directes.

Ils se sont révélés efficaces, complémentaires, persuasifs, fermement décidés à fonder une Franc-maçonnerie réunissant les deux moitiés de l’humanité, l’équilibre d’un chantier à la fois philosophique et social, la liberté de penser et de croire en refusant tout dogmatisme.
Ils ne se contentaient pas de lire sur les frontons des bâtiments officiels la devise républicaine, mais s’imposaient de la mettre en pratique : liberté de pensée, égalité de droits, fraternité de fait.

Leur méthode était incroyablement simple et audacieuse, leur ouverture d’esprit impensable aujourd’hui.

Imaginez des bourgeois défendant les droits des ouvriers, des députés portant des lois élaborées par des femmes sans statut civique, qui présidaient des congrès internationaux une fois les enfants couchés et les tâches ménagères bouclées, des présidents de la République offrant des pommes de terre, des brassières ou des couvertures aux associations municipales, des syndicats créés par souscription et hébergés dans les locaux d’imprimeries ou les salles de rédaction de quotidiens, des réformes nationales de santé menées par des médecins devenant sénateurs pour défendre leurs propres lois !

Il ne s’agit pas pour nous de revenir au seau de charbon et à l’omnibus à chevaux de l’ère pré électronique, mais peut-être pourrions-nous nous inspirer de cette vision positive et constructive de la société. Même si les deux époques ne sont en rien comparables.
Nous serions à même de mesurer la force de notre engagement présent et, par conséquent, la teneur de ce que nous souhaitons transmettre à ceux qui suivront…

Dominique Segalen